jeudi 27 février 2014

Certains s'en sortent sous la grisaille








Photos Irène, la plage des Sables Blancs, Tréboul, Finistère, 22 février 2014

mercredi 19 février 2014

Ce que je croyais connaître





Photos noir et blanc Irène, photos couleur Teddy Wadble, Châteaulin, Bretagne, décembre 2013

mardi 11 février 2014

Le voyage de Chihiro






Photos Irène, Vouvant, Vendée, 7 août 2013

Censure, rayures, anomie






Photos Irène, Nantes, île Beaulieu, observatoire Sagamore, 16 juillet 2013

A l'état sauvage






 Photos Irène, Menez-ham, Bretagne, 10 juillet 2013


Ce qui retient mon attention






Photos Irène, Thouaré sur Loire (44), été 2013

jeudi 6 février 2014

Surmonter l'injustice




Photos Irène, Pointe de la torche, Bretagne, décembre 2013

mardi 4 février 2014

Un hiver dilué




Photos Irène, Venise, Italie, 15 décembre 2013

lundi 3 février 2014

Parle-moi, merde

1. JE T'AIME
Rideau fermé.
Julie parle, raconte.

2. C'EST LA FIN
La musique démarre. Julie s'en va.
Le rideau s'ouvre et Claire apparaît. 16 ans, veste en cuir, queue de cheval, casque.
Debout, arrêt de bus, lumière bleutée.
Musique à fond. C'est Midnight City de M83.
Claire est immobile, yeux fermés.
Elle ouvre les yeux, hoche la tête en rythme.
Tout son corps se met progressivement en mouvement.
Elle ouvre son blouson, elle pleure, elle est en maillot de bain.
Il ne reste que son casque.
Elle essaie de crier en silence, déforme sa mâchoire.
Son corps fait des soubresauts.
Julie entre, en débardeur et jogging noir, un seau de peinture rouge à la main. 24 ans.
Elle enlève le casque de Claire, essaie de la calmer en l'entourant de ses bras.
Claire se débat.
Julie trempe ses mains dans la peinture et enduit Claire, qui se calme extérieurement.
Tel un fantôme, Julie s'en va.

3. JE SUIS FORTE
Claire est allongée sur le banc, couverte de sang, endormie.
Julie arrive du fond avec une couverture. Elle s'assoie par terre à côté, elle veille.
Elle prend soin soin de son amie, comme un chien près de son maître.
Elle dit ses questions, elle dit pour se persuader qu'elles vont s'en sortir, elle fera tout pour et elles se sauveront toutes les deux.  Elle éclate en sanglots. Claire dort toujours.
La lumière baisse.

4. FAUT QUE T'ARRÊTE
Julie lave Claire avec amour. Un gant et un seau d'eau. C'est comme des plaies.
Claire a mal. Julie lui dit qu'il faut qu'elle arrête ses conneries, qu'elle avait dit qu'elle arrêtait et qu'elle ne l'avait pas fait. Comment c'était le bahut hier ? Encore un mec. Ca va s'arranger, tu t'inquiètes pas, ok ? Aller, enfile ça.
Elles parlent de la vie, de la famille qu'est plus là, sauf maman mais c'est pas un modèle. Claire dit que c'est pas de sa faute. Julie lui dit qu'elle a des fringues à lui faire essayer.

5. T'ES BELLE
Claire essaie les fringues de Julie mais elle se trouve moche. Je ressemble à un mec ! Laisse tomber. Elle est démotivée. Julie la rassure et l'encourage, lui dit qu'elle est jolie et que ça saute aux yeux. Claire n'aime pas qu'on se moque d'elle, elles s'engueulent.

Texte Irène, décembre 2013

Le vent se lève, précisément







Là - elles sont là - ciselées dans la soie froissée du ciel - un air de violon siffle et se perd dans le béton armé - Saint-Nazaire est envahie - il est tôt et déjà la nuit - de dos et sans un sou - seuls et les doigts givrés - ils regardent les fumées de la raffinerie - leur vie se perd dans les nausées souterraines d'un trop plein de routine - l'ennui les effleure car le soir est sombre - un feu hystérique anime le ciel tandis que devant le noir paraît vide - ils sont si petits, si fragiles et simples que le rougeoiement des phares de voitures est comme un spectacle au loin derrière la vitre - la houle démarre, les mains tremblent et résistent - des gerbes d'écume attaquent la transparence - les cœurs loin d'ici, si proches des combats, relèvent la tête: droits et solidaires, malgré la tempête et les incendies, leurs yeux s'illuminent, ils sont aux abois - sache que toi-même, tu n'es pas ces gens, mais tu peux comprendre des vies malmenées, car ton allumette demain tu craqueras - j'espère

Photos et texte Irène, Saint-Nazaire, novembre 2013

jeudi 15 mars 2012

Arbres


Port-Launay (29), mars 2012.


Nantes (44), jardin japonais sur l'île de Versailles, mars 2012.

mardi 18 octobre 2011

Lettre à un jeune poète


Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être près des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.

[...] Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cœur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essaierez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'écrivez pas de poème d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire ressurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personnalité s'affirmera, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres.

Texte de Rainer Maria Rilke, Lettre à un Jeune Poète, 1905.
Photographie de Teddy Wadble, Lever du soleil sur Marseille, 2 octobre 2011.

mercredi 21 septembre 2011

Disparaître la rosée


C'était un matin et j'ouvris les yeux. Il faisait bien jour, le gris laissait place au bleu, et par le velux je regardais les nuages avancer. Sans bruit sans bouger, je savourais mon réveil d'être à cet endroit et de le sentir dormir à côté. Dans le mur de la façade, entre deux pierres, étaient nés deux oisillons qui piaillaient de toutes leur forces. Autour du lit, étaient des vêtements en boule en pleine poussière, preuve de l'empressement de la veille, d'une hâte sans manières. Dans son sommeil, je le regardais bouger et se blottir près de moi pour continuer sa nuit. Lui caressant les cheveux, je laissais aller mes mains et respirait son parfum. Je me cachais sous les draps, pour encore laisser venir les mots chuchotés très tôt.

Sur la pointe des pieds, j'ouvrais la fenêtre et regardais le jardin s'inonder des premiers rayons de la journée et disparaître la rosée. La tête sur l'oreiller, il soupirait du bien-être à faire durer un moment. Dans la campagne infinie, dans la maison toute seule, dans la pièce de nous deux, discrètement je m'en vais goûter l'air frais du dehors. Un jet d'eau vif et brûlant sur ma peau encore endormie, un soupçon de savon, un massage des mouvements, sur le carrelage immaculé, le corps doucement se déplie. La nuque renversée, inondée d'un bain chaud et ruisselant, je sens mes bras nus danser lentement. A travers la vitre parsemée de buée, j'aperçois le lit d'où je suis sortie. Sous la cascade de gouttes, les mains s'étalent et l'eau repasse pour effacer les traces de baisers.
En frissonnant de fraîcheur, la serviette m'enveloppe et retient mes tremblements. Envahie des vêtements propres et d'un nuage de maquillage, je m'étire de nouveauté d'être prête pour la journée. Un grincement descend l'échelle, la porte du frigo s'ouvre, la cuillère remplie le filtre, la fumée sort du café.

Texte Irène, photographie trouvée sur internet.

mardi 20 septembre 2011

Si tu m'avais vue


On a visité on a cheminé
Marché sur les sentiers et aux alentours
On a arpenté les rues mains dans la main
On s'est demandé si on y serait bien
Quelques maisons neuves et de vieilles longères
Des pavés anciens mouillés de fougères
De jolis quartiers mais si touristiques
Et chaque recoin fleuri de senteurs
Par temps idéal les vallées charmantes
Et sous la grisaille aussi différentes.

On est revenu ensemble séduits
Le choix était fait le petit nid prêt.
L'attente si longue le désir si proche
D'enfin partager et ne plus cacher.
Pour nous installer chacun était là
Le plaisir palpable d'aider sans compter
Famille et amis nous ont entourés
Et ont célébré ce début de vie
Rêves et projets réussite et champagne
Tout était parfait où tout commencait.

Tant d'années passées le temps arrêté
Et je me souviens d'un matin de juin
Le déménagement les préparatifs
Les jolis quartiers les jardins fleuris
Tous ces souvenirs ça me fait sourire
Car je ne les ai jamais revu.
Il n'a plus le temps pour de l'inutile
De l'air et du vent une femme fragile
Savourer chaque instant comme le dernier
Pour lui c'est facile et il croit comprendre.

Un soir d'été une inquiétude
Une habitude de solitude
Un voile de tulle et de dentelle
Et une bougie pour l'attention.
J'avais revêtu mes plus beaux atours
Pour nous faire saisir une dernière chance.
Fatigué rentré de sa longue journée
Devant ma beauté je fus seule à trinquer.
Ainsi triste et morne la gorge serrée
Silencieusement je fermais la porte.

Texte Irène, Photographie Agnès Simonel.